Au Québec, liberté du peuple et neutralité de l’État peuvent cohabiter sans souci

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Cet article a été publié initialement sur: http://princearthurherald.com/fr/

Par Éric Lanthier, animateur sur les ondes du 92,7FM

 

On dirait qu’au Québec nous avons toujours besoin d’avoir un ennemi commun : hier, c’était l’anglophone, aujourd’hui, c’est l’allophone.  Or, en ce qui concerne le débat identitaire, il est possible d’être à la fois pour la liberté sans être contre la neutralité de l’État.

 

Il fut un temps que les anglais étaient les ennemis des francophones.  Aujourd’hui, l’ennemi est contextuel aux débats que l’on retrouve dans l’espace médiatique; pour les fédéralistes, ce sont les souverainistes, pour les laïcistes, ce sont les multiculturalistes.  Ces polarisations entretiennent des débats sans fin.

 

La preuve, certains entretiennent l’idée qu’en n’étant pas contre les musulmans on est automatiquement pour; c’est là l’erreur car, si ce n’est pas blanc, ce n’est pas automatiquement noir, ça peut être rouge…  Ainsi, plusieurs croient qu’il faille s’attaquer à l’Islam pour renforcer notre identité québécoise.  C’est ici que le bas blesse; à mon avis, une mise au point s’impose.

 

Être pour

Être pour la neutralité de l’État ne veut pas dire être contre le fait de porter des symboles religieux dans l’espace publique.  Au contraire, un État qui se dit « neutre » ne privilégiera pas une religion plus qu’une autre.  En n’imposant pas de discriminations vestimentaires, le gouvernement se distance de toutes les religions, il n’en favorise pas une au profit d’une autre, il fait preuve de « neutralité ».

 

Ne pas être contre

Personnellement, je ne suis pas un adepte de l’Islam.  À l’âge de 18 ans, après plusieurs réflexions, plusieurs discussions et après avoir vécu une expérience qui ressort de l’ordinaire, j’ai fait un choix, j’ai mis ma foi dans la Bible et dans le Christ.  Maintenant, est-ce parce que j’ai une foi chrétienne et que je suis Québécois pure laine que je dois m’opposer à la liberté des musulmans?  Loin de là, chaque être humain a droit de cheminer et de rechercher le sens de la vie sans contrainte.  Ce n’est pas parce que je ne m’oppose pas à la liberté des musulmans que j’adhère à leur idéologie.

 

Signes et symboles ostentatoires

J’irais plus loin, je fais partie d’une communauté chrétienne qui ne met pas en valeur les symboles ostentatoires.  Dans nos bâtiments, il n’y a pas de crucifix, il n’y a pas de statues, on ne prie pas en compagnie de chapelets et ceux qui officient les célébrations ne portent pas des soutanes.  Ce n’est pas parce que je ne suis pas un porteur de symboles ostentatoires que je m’oppose au fait que les autres en portent.  Qu’il n’y ait pas de symboles visibles dans notre bâtiment ne fait pas en sorte que je vais revendiquer que tous les lieux de culte du Québec en soient exempts.  Je ne suis ni contre les autres, ni contre la différence, je suis pour la liberté.

 

Enlever ou élever, telle est la véritable question identitaire

Pour régler la question identitaire, deux choix s’offrent à nous : enlever ou élever.  On ne s’en sort pas, on peut opter pour le fait d’enlever à tous leurs droits ou de donner à tous des droits.  Les identitaires optent pour la première.  Ils croient que c’est en enlevant le droit à tous que l’État parviendra à protéger notre identité québécoise.  Or, il n’y a rien du plus faux.  Ce n’est pas en évacuant de l’espace publique tous les symboles religieux qu’on réussira à mettre en valeur notre patrimoine.  Or, depuis la venue de Jacques Cartier, le Québec a été marqué par des symboles et des célébrations.  Il est difficile de les renier : dans toutes les municipalités du Québec, on y retrouve au moins une église romaine; sur plusieurs routes, on y aperçoit des croix de chemin; par ailleurs, plusieurs montagnes québécoises sont ornées d’une croix illuminée; de plus, à partir du mois de novembre, on entend, années après années, à plusieurs endroits, des cantiques traditionnels qui mettent en valeur la nativité divine; à Pâques, plusieurs chorales en profitent pour célébrer la résurrection dans différentes salles de spectacle; à l’Action de grâce, des milliers de Québécois se réjouissent autour d’une table parce que nous avons hérité d’une terre d’abondance, voire, d’un pays où coule le lait et le miel.

 

Ce n’est pas en enlevant aux autres des droits qu’on sera en mesure de protéger notre patrimoine et notre identité.  Au contraire, cela met en lumière notre insécurité, notre peur d’être contrôlé par l’« autre ».  Je crois que l’État doit démontrer sa neutralité en permettant à tous de porter les symboles auxquels ils s’identifient.  Cependant, l’État doit avoir le mandat de la population québécoise de mettre en valeur notre patrimoine.  En protégeant les symboles et les célébrations qui ont marqué notre histoire, l’État ne sera pas en train d’enlever des libertés, elle sera en train d’élever notre patrimoine.

 

Élever pour ne pas se sentir menacer

En mettant en valeur notre patrimoine, les fêtes et les symboles qui s’y réfèrent, les autres communautés ne pourront pas revendiquées le même statut.  Dans cette optique, on ne verra pas sur un terrain appartenant à l’État un symbole qui n’est pas représentatif de notre patrimoine.  La menace de l’envahissement ne pourra plus être évoqué par ceux qui ont peur que le Québec perde son identité.  De manière à être équitable, l’État permettrait, que les musulmans portent un croissant islamique, mais il n’accepterait pas qu’on plante ce même symbole sur le mont Saint-Anne.  Chaque individu pourra pratiquer sa religion et s’y identifier mais l’État ne s’identifiera à aucune d’entre elle parce que l’État est neutre.  L’État devrait permettre la mise en valeur du patrimoine québécois pour des raisons historiques sans s’amalgamer directement à une religion.  Ce n’est pas parce que l’État accepte qu’il y ait une croix sur le Mont-Royal que ça fait de lui une institution Catholique.  Non, la croix est là et y restera non pour des raisons religieuses mais pour des raisons patrimoniales.

 

Pour un Québec libre, neutre et respectueux de son patrimoine

Dans le débat sur l’identité, la laïcité et la neutralité, le meilleur compromis est qu’un premier ministre courageux puisse à la fois donner la liberté à tous de s’exprimer et à la fois de mettre en valeur ce qui est issu de notre patrimoine; ce qu’on appelle le Patriotisme-communautarien.  C’est en optant pour la liberté de tous les citoyens d’exprimer leur foi par des rites et des symboles que les Québécois mettront en valeurs leur ouverture et leur sens de l’accueil.  C’est en protégeant notre patrimoine qu’on protège notre identité historique.  Ainsi, il y a moyen, à la fois, de laisser les individus libres et à la fois de mettre en valeur ce qui fait partie de notre identité collective.  C’est le lot d’un pays libre et fier de son histoire; bref, c’est le lot d’une nation qui n’a pas besoin de se créer des ennemis pour se mettre en valeur.

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