Dans les réseaux sociaux, on trouve de tout… même un ami

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Source photo: Vladimirfloyd et Adobe

Cet article a été publié initialement sur les pages de l’alternative médiatique: Québec nouvelles.

Encore une fois, on dénigre les réseaux sociaux comme si on n’y trouvait uniquement que des hurluberlus tout fiers de débiter des absurdités. Oui, ils y sont présents au même titre que les autres. Des laissés-pour-compte sur les réseaux sociaux, ça n’existe pas. C’est le prix à payer pour bénéficier de plateformes à liberté d’expression absolue ou presque.

Après Denise Bombardier, c’est au tour de Mathieu Bock-Côté de dénoncer les propos orduriers qui polluent les réseaux sociaux. Le problème, ce n’est pas qu’ils ont tort. Oh que non! Il est vrai que certains internautes manquent carrément de classe, mais est-ce leur grossier langage le problème? J’en doute.

Dans l’univers culturel, artistique et médiatique, on tire à boulets rouges sur les réseaux sociaux. En fait, on attaque tout ce qui ne relève pas des médias traditionnels. Ma théorie est la suivante : ce présumé tohu-bohu concernant les réseaux sociaux n’est pas le fruit du hasard.

Une mauvaise motivation

Est-ce la peur qui pousse les vedettes de médias traditionnels à parler contre les nouveaux réseaux qui raflent de plus en plus une part importante du marché? C’était, du moins, le sentiment de Guy A. Lepage lors de sa sortie au Gala Artis du 12 mai 2019, lorsqu’il affirmait que la compétition ne se situe pas au sein des réseaux traditionnels, mais sur les plateformes émergentes et alternatives : « Certaines personnes veulent nous mettre en compétition, mais il n’y a pas de compétition entre nous. Nos vrais compétiteurs s’appellent Netflix, Amazon et YouTube. Il faut qu’on se tienne, sinon, on va tous être perdants. »  Plus tard, sur les pages de Radio-Canada, l’animateur de Tout le monde en parle a ajouté à cette liste le nom de Spotify. On voit que la peur chez nos vedettes s’étend sur un large éventail.

Pourquoi l’émergence des réseaux sociaux, des médias alternatifs et des nouvelles plateformes inquiète tant les communautés artistique, culturelle et médiatique? Parce qu’un certain nombre de commanditaires préfèrent afficher leurs produits ou leurs services sur les pages de ces nouveaux médias. Ou est-ce parce que les fonds se déplacent vers des organes qui échappent à leur contrôle? Évidemment, la question se pose.

Si les commanditaires émigrent vers d’autres marchés, c’est parce que le pain et le beurre se trouvent là où est le public. C’est aussi simple que cela. Sans contredit, ce changement ne peut que déstabiliser les médias traditionnels, les artistes et la culture, qui ne vivent que par l’entremise de commanditaires. Selon Karl Bélanger, consultant en communications, analyste politique et président de la Fondation Douglas-Coldwell, les médias sociaux obtenaient, en 2019, 80 % des revenus publicitaires.

Alors, peut-on reprocher à la population de migrer vers des sources alternatives? Non, elle ne fait que suivre le conseil de Guy A. Lepage, qui, en marge du Gala des Oliviers 2016, s’est exprimé au sujet de la liberté d’expression : « Quand tu payes un assureur pour qu’il ne t’assure pas, tu changes d’assureur ». Les Québécois ne font qu’écouter ce que dit ce membre de R.B.O, ils émigrent vers d’autres plateformes tout simplement parce qu’ils les préfèrent aux autres.

L’attrait pour les réseaux sociaux

Le marché des réseaux sociaux est un marché lucratif pour les commanditaires, puisque 80 % des Québécois les utilisent.

Pourquoi les Québécois se sentent-ils à l’aise de dire ce qu’ils pensent sur les réseaux sociaux? Ce sont des lieux où ils rencontrent des gens qui les acceptent ou au moins qui les tolèrent; eh oui, parfois, qui les critiquent. Certains d’entre eux, bien sûr, manquent de civisme, se comportent, comme dirait Mathieu Bock-Côté, comme des brutes, des tarés ou des dingos. En revanche, les abonnés disposent de moyens pour censurer ces tarés, le cas échéant.

Par ailleurs, ne retrouve-t-on que des gens mal embouchés sur les réseaux sociaux? La réponse à cette interrogation provient de la culture pharmaceutique : « On trouve de tout, même un ami. » Maintenant, est-ce que le seul moyen de régulariser ces réseaux est l’intrusion de l’État? À mon avis, dans le cas de propos grossiers et malséants, deux autres alternatives sont préférables.

Des alternatives

Lorsqu’un contact ou un ami dépasse les limites de ce que nous trouvons acceptable, on peut aviser papa, aller voir maman ou s’en charger soi-même. Évidemment, lorsqu’il s’agit de menaces de mort ou d’agressions verbales, nous sommes tenus de les dénoncer aux autorités concernées. Dans le cas de propos grossiers ou vulgaires, nous avons le pouvoir d’en aviser les instances proposées par la plateforme même, de demander au gouvernement d’immuniser les plateformes ou de les retirer nous-mêmes de notre propre réseau.

Demander au gouvernement de censurer la liberté d’expression sur les réseaux sociaux n’est pas la solution que je préconise parce qu’elle déresponsabilise l’utilisateur et l’agent de pollution civique. Oui, dénoncer; oui, bloquer; oui, recourir à des instances habilitées pour ramener à l’ordre ceux et celles qui défient les règles du civisme. Toutefois, demander à l’État de censurer la liberté d’expression et de limiter certains utilisateurs comporte un danger d’ingérence étatique excessive. En vérité, ce contrôle de l’État est contre la volonté de bien des humoristes. C’est effectivement contre la volonté d’un des candidats à la chefferie du Parti québécois : Guy Nantel. Placer l’État dans un rôle de juge n’est pas souhaitable, car il serait amené à dicter ce qui est convenable et bienséant plutôt que de laisser l’utilisateur se responsabiliser en imposant ses limites avec les moyens efficaces qui sont à sa disposition.

Une dernière question

En terminant, si les réseaux sociaux sont si mauvais, pourquoi les médias traditionnels, la communauté culturelle et les artistes y sont-ils si abondamment présents? Serait-ce parce qu’ils leur rendent service quand cela fait leur affaire? Tout compte fait, puisque l’utilisateur de médias sociaux dispose d’outils pour contrer les propos « d’amis indésirables », il est important de poser cette question de fond : « Est-ce que l’État doit adopter des règles pour réduire la compétition des réseaux sociaux, des médias alternatifs et des plateformes émergentes, ou doit-il plutôt laisser les utilisateurs choisir et gérer ce qui leur convient? » Personnellement, je préfère vivre dans un pays où je suis libre, libre de bloquer une personne qui dépasse les bornes, libre de m’exprimer comme bon me semble et libre d’acheter là où bon me semble. Il ne faut pas se leurrer, même si l’État adopte une loi pour contrer les propos disgracieux, les gens concernés s’afficheront comme des humoristes. Sans blague! Ils auront tous les droits, en autant qu’ils situent le contexte et qu’ils prouvent leur intention

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