La légalisation de la prostitution améliore-t-elle la qualité de vie des travailleuses du sexe?

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Source photo: Pixabay

Cet article a été publié initialement sur les pages francophones du HuffPost Québec
La Fédération des femmes du Québec (FFQ) affirmait récemment qu’il fallait aider les femmes qui voulaient vivre de la prostitution. Est-ce que cette approche améliorera vraiment la qualité de vie de ces femmes?

 

La légalisation de la prostitution est basée sur le principe que ce métier est un mal nécessaire et non sur l’aide à apporter aux filles de joie afin qu’elles obtiennent une meilleure qualité de vie. Offrir son corps contre rémunération est, dans la majorité des cas, une avenue de dernier recours, surtout quand elle est choisie de plein gré. Selon Rose Dufour, une anthropologue fondatrice d’une maison qui a comme mission de venir en aide aux victimes de la prostitution, affirme que : « […] dans tous les cas, il n’y a jamais d’histoire heureuse qui mène à la prostitution. » Certains vont affirmer que vouloir se servir de son corps pour offrir des services sexuels moyennant une somme d’argent relève du choix personnel de la femme. Or, dans les faits, la Gazette des femmes nous informe que les femmes qui ont quitté l’industrie du sexe sont frappées du syndrome du choc post-traumatique. Sarah R. Champagne exprime avec beaucoup de compassion que leur tête et leur corps sont loin d’être en bon état. Même si à l’origine, il pouvait s’agir d’un choix personnel, pour plusieurs, les conséquences sont désastreuses.

Les raisons de ce choix

De son côté, le Conseil du statut de la femme émettait qu’il y a quatre raisons qui amènent une femme à louer son corps contre de l’argent. Aucune de ces raisons n’est en lien avec une qualité de vie durable. Selon ce conseil, les femmes se prostituent en raison de l’existence d’une demande de services sexuels, des avantages de personnes et de groupes qui tirent de ce commerce des profits importants, sans scrupules face aux conditions de pauvreté que connaissent ces femmes ni, enfin, au regard des abus sexuels dont de très nombreuses d’entre elles sont victimes. En effet, le taux de femmes qui ont été victimes d’abus sexuels et qui se prostituent est plus élevé que celui des prostituées qui n’ont pas été victimes d’agression ou d’abus sexuel. Par ailleurs, plusieurs des filles qui sont entrées dans l’industrie du sexe ont démontré une piètre image d’elles-mêmes ou ont commis des tentatives de suicide.

Un choix par défaut

Quoi qu’il en soit, aucune fillette ni adolescente ne rêve depuis sa tendre enfance de devenir une prostituée. Pourtant, l’entrée dans ce milieu est chiffrée entre 14 et 15 ans. La prostitution est loin d’être un « métier » de rêve puisqu’à vrai dire, 9 prostituées sur 10 quitteraient immédiatement cette industrie si elles le pouvaient. Ce n’est pas l’attrait pour le sexe qui pousse les femmes à vendre leur corps, c’est en majorité pour lutter contre la pauvreté.

Le mythe de la légalisation

Pour protéger les filles des proxénètes et des réseaux d’exploitation, certains pays ont opté pour la légalisation ou la décriminalisation de la prostitution. Or, il s’avère que c’est dans les pays où cette pratique est permise que le trafic humain est le plus élevé. En Autriche, au Bangladesh et en Équateur, où la prostitution est légale, on retrouve une quantité considérable de trafic de mineurs, de prostitution forcée et de contrebande de filles infiltrées dans le marché du sexe. Le problème avec la légalisation de la prostitution, c’est la banalisation. Parce qu’elle est légale, la prostitution est légitimée et promue. Cette légalité incite plus d’hommes à consommer du sexe tarifé. Aux Pays-Bas, où la prostitution est légale et réglementée, les deux tiers des hommes ont eu recours dans leur vie aux services sexuels d’une fille de joie.

En Europe, environ 75 % du trafic d’êtres humains sert à répondre à la demande de prostituées. En Allemagne, où la prostitution est légale depuis 2002, entre 65 % et 70 % des femmes qui offrent des services sexuels sont des immigrantes. Le Centre international de développement de politiques de migration mentionne qu’aux Pays-Bas, 8 prostituées sur 10 proviennent de la contrebande et offrent leur service illégalement. Ce qui est inquiétant, c’est que, selon l’ONU, une personne sur trois qui est victime de traite est un enfant.

La clandestinité

À plusieurs endroits dans le monde, les femmes refusent d’offrir leurs services selon les règles de l’État. Pour être en règle, elles doivent s’enregistrer et obtenir un permis qui les expose à une reconnaissance publique. Elles préfèrent exercer leurs services dans l’illégalité et l’anonymat. Par ailleurs, plusieurs maisons de prostitution légales veulent que les filles en service soient sobres. Or, la majorité des prostituées souffrent de dépendances diverses, ce qui les amènent tôt ou tard à exercer dans la rue.

À la lumière de ces informations, la légalisation de la prostitution ne favorise pas le bien-être des femmes qui offrent ces services pour en vivre. Bien au contraire, elle favorise l’exploitation des personnes les plus vulnérables. Pour contribuer au bien-être des femmes qui sont contraintes à offrir leur corps contre de l’argent, nous devrions offrir des alternatives à la culture pornographique qui influence la consommation de ce genre de services à la carte. Ainsi, en réduisant la demande, on diminuerait le nombre de victimes.

Optons pour le réel bien-être de ces femmes qui souhaitent s’en sortir plutôt que d’entretenir un système qui les exploite davantage.

 

 

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