Le projet de loi 493 sur l’interculturalisme : l’art de déraciner un peuple

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Le Tour d’horizon est diffusé tous les vendredis en format audio sur les ondes du 92,7 FM\Ottawa-Gatineau à 17 h 15.  Il est disponible en format audio au bas de la page et mode vidéo en tout temps sur ma chaîne YouTube.

Sans la mise en valeur de notre patrimoine historique, le projet de loi sur l’interculturalisme ne sera pas suffisant pour susciter un sentiment d’appartenance parce qu’il nous distance de nos racines.

Par sa définition de l’interculturalisme qui vise la reconnaissance d’une culture majoritaire au Québec de plus en plus enrichie des apports des nouveaux arrivants, une députée, sans étiquette partisane, cherche à mettre à contribution les communautés ethniques dans l’élaboration d’un nouveau Québec. Clairement, cette démarche est un écho au cri du cœur lancé par Jacques Parizeau le 30 octobre 1995.

Rallier les communautés ethniques

Catherine Fournier, car c’est d’elle qu’il s’agit, cherche à rallier les communautés ethniques qui se sentent exclues par ceux qui militent en faveur de la laïcité de la société civile. Ce qui freine un bon nombre de ces communautés, c’est que pour les laïcistes, les libertés d’opinion et de croyance doivent s’exercer dans les limites des lois civiles. Or, c’est pour cette raison que les communautés issues de l’immigration se cantonnent davantage dans le concept de multiculturalisme où toutes les communautés détiennent une valeur égale. Au sein de cet environnement social, elles se sentent libres de se développer à leur guise sans qu’une autre communauté l’en empêche. La députée indépendante de Marie-Victorin, quant à elle, propose aux laïcistes de tendre la main aux communautés ethniques pour qu’ensemble, ils construisent un nouveau Québec. Elle rêve à ce que tout un chacun puisse élaborer une nouvelle culture québécoise à partir de ce que nous sommes devenus et oublier ce que nous étions.

Un nouveau bleu

Depuis 2001, le drapeau du Québec est passé du bleu foncé au bleu royal. Maintenant, Catherine Fournier propose, par son projet de loi 493, que tous, nous puissions ajouter une teinte au bleu actuel qui tournera en une nouvelle couleur issue de l’apport de chacun dans un effort collectif à le transformer. Du Québec actuel, le nouveau Québec émergera, coloré à l’image mélangée de tous ses contributeurs. Ainsi, le nouveau drapeau québécois risque de tourner au violet.

Le chaînon manquant

Si Catherine Fournier a quitté les rangs du parti de René Lévesque, c’est qu’elle ne croit plus qu’il soit le véhicule pour faire du Québec un pays. Pavée de bonnes intentions, l’approche de la députée de Marie-Victorin est dépourvue d’un élément essentiel : la valorisation du patrimoine québécois.

Au lieu d’accepter le fait qu’actuellement, la majorité des communautés de tous horizons reconnaissent que la culture québécoise provient d’une histoire particulière, d’un patrimoine unique et de héros qui se sont battus pour leur liberté, leur langue et leur territoire, elle les invite à réinventer un nouveau Québec, désincarné, sans personnalité. Ce faisant, elle évacue un sentiment de fierté essentiel au sentiment d’appartenance.

Tourner la page

Le Québec de Catherine Fournier n’est pas issu de l’époque où les héros de la Nouvelle-France cherchaient une terre de liberté. Non, elle part du Québec actuel, hic et nunc. Son projet de loi met au rancart notre patrimoine, nos symboles, nos célébrations et les éléments culturels qui en font partie.  Madame Fournier préfère mettre l’accent sur le patrimoine interculturel (chapitre 3 : article 5.5) qui dominera et sera le reflet de l’apport de tout un chacun. En effet, ce projet de loi encourage « […] le maintien, la valorisation, le partage et l’expression dynamique du patrimoine interculturel du Québec ». En d’autres mots, le projet de loi 493 part d’où nous sommes et non d’où nous venons.

Nos racines patrimoniales

Ce nouveau Québec ne peut être détaché de son passé. Sans racines, une fleur ne peut subsister. Catherine Fournier est en train de nous vendre une fleur dans un vase d’eau. Elle voudrait qu’on la découpe pour lui donner une nouvelle forme, adaptée au goût du jour. Le problème est que sans racines, cette fleur finira par faner, et chacun retournera cultiver son jardin. C’est le choix qu’a fait Catherine Fournier. Elle aurait pourtant pu opter pour la mise en valeur du patrimoine québécois, mais non, elle s’en est gardée. Elle mise sur le court terme et l’instantanéité, elle ne veut pas nourrir une vision enracinée dans l’expérience plusieurs fois centenaire d’un peuple, elle désire simplement rallier un grand nombre d’adhérents à un projet de société qui date de maintenant et qui, vraisemblablement, ferait du Québec un pays. Son pari : l’instantanéité prime sur l’historicité.

Le patriotisme communautarien

Nous avons sérieusement besoin au Québec de mettre l’accent sur notre valeureuse histoire, notre patrimoine unique et nos ancêtres héroïques qui ont quitté la France pour se donner une terre de liberté où chaque famille pourrait y vivre en paix et exprimer librement ses croyances. Le plus étonnant dans notre histoire récente, c’est que la majorité des communauté ethniques respectent notre patrimoine et ne s’y opposent pas.

En remettant en valeur notre patrimoine et en laissant les communautés se développer librement, tous, nous pourrions vivre autour de deux valeurs fondamentales : le respect de l’identité patrimoniale du Québec et la liberté. Deux valeurs essentielles pour rassembler tout le monde autour d’un Québec fort, fier et heureux.

Comment reconnaître en la société québécoise l’image de son parcours historique si l’on fait fi de ses origines, de son histoire et de son patrimoine? Madame Fournier reconnaît, en effet, dans son projet de loi, la trame sociale et culturelle du Québec, mais pour créer un sentiment d’appartenance qui fait appel à la fierté, le Québec a besoin de plus qu’une reconnaissance du bout des lèvres dans un projet de loi, il doit revenir à sa devise : « Je me souviens » et la mettre en application.

Faute de racines, la bonne odeur de cette fleur de lys disparaîtra au fur et à mesure qu’elle fanera…

 

 

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