Le projet de loi 61 est un aveu d’inefficacité

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Source photo: Eelnosiva et Freepik

Cet article a été publié sur les pages de Québec nouvelles portant le titre: Le projet de loi 61 démontre que le « modèle québécois » est en faillite !

Après trois décennies de vœux pieux, le projet de loi 61 prouve qu’il est grand temps de procéder à une réelle « réingénierie de l’État », bien commun exige.

Mario Dumont parlait déjà dans les années 90 de la réduction de la taille de l’État; puis, Jean Charest, dans la première décennie des années 2000, mentionnait la « réingénierie de l’État québécois ». À partir de 2010, on parlait d’équilibre budgétaire, et lors de la dernière élection provinciale, il était question de surplus. Maintenant, on parle d’un projet de loi, non pour désengorger la « machine » ou la rendre plus efficace, mais plutôt pour permettre au gouvernement de raccourcir un long et pénible processus en sautant des étapes.

Un État trop lourd

Effectivement, si cette loi était adoptée, elle permettrait de contourner certaines normes environnementales et certaines procédures d’appels d’offre, facilitant ainsi l’octroi de contrats liés à des projets d’infrastructure. En fait, ce que la crise actuelle nous fait découvrir, c’est que l’État québécois est tellement lourd à manœuvrer qu’on doit passer une loi pour arriver à des résultats plus rapides, urgence oblige. En résumé, ce que le projet de loi 61 réclame, c’est plus de pouvoir pour le gouvernement afin qu’il soit plus efficace et moins surveillé. Si l’État québécois avait été efficace, il aurait pu impliquer l’Assemblée nationale dans un débat sur les priorités et prendre des décisions sur l’exécution de projets, sachant que l’appareil gouvernemental s’affairerait de suite à leur mise en œuvre.

Contraire au gros bon sens

Dans ce temps actuel de crise, on doit agir vite avec des institutions qui ont la fâcheuse habitude de prendre du temps à s’exécuter. En d’autres mots, ce que le gouvernement Legault est en train de nous dire, c’est ceci : « Puisque nos institutions sont lentes à opérer, facilitons la tâche au gouvernement et laissez-lui plus de corde pour sauver du temps quelque part. » C’est exactement le contraire du bon sens.

Le bon sens veut que les décideurs débattent, arrivent à un consensus réfléchi qui contribuera au bien commun et qu’ensuite, ils donnent le mandat à des institutions diligentes de livrer des services efficients. En somme, des services rapides, bien ciblés, adaptés aux réels besoins et de surcroît, moins coûteux.

Pile, je gagne; face, tu perds

L’opposition est en droit de demander des comptes et d’être davantage impliquée dans le processus décisionnel. En ce moment, on a l’impression que le gouvernement Legault se sert de la légitimité de la crise pour légitimer un pouvoir accru entre ses mains.

Si le gouvernement Legault veut garder son capital de sympathie élevé, il ne doit pas ébranler la confiance que lui accorde la population. Au contraire, il doit montrer qu’il est le premier ministre de tous les Québécois et plus encore, qu’il est tellement au-dessus de la mêlée qu’il est même prêt, en bon joueur qu’il est, d’acquiescer aux demandes raisonnables de l’opposition. Il doit rassurer la population que l’État n’agira pas en dictateur mais essentiellement en chef qui vise le bien commun des citoyens et des entrepreneurs qui veulent relancer l’économie.

Dynamiser la bonne part

Personnellement, je crains toujours l’augmentation du pouvoir d’un gouvernement, parce que plus celui-ci acquiert du pouvoir, moins il est proche du terrain, de la réalité du commun des mortels, et plus il devient généreux avec l’argent des contribuables. En contrepartie, plus la société civile est dynamisée, plus le vrai monde s’entraide et trouve des services branchés sur sa réalité.

Le gouvernement Legault doit nous convaincre que le projet de loi 61 contribuera directement au bien commun et non par ricochet. Pour y arriver, il a besoin du support d’une opposition unie et non partisane.

La suite

Après cette crise, si notre premier ministre veut que la sympathie que lui accorde présentement le peuple demeure aussi élevée, il doit rendre l’État plus efficace. Pourquoi? Parce que la réduction de l’État n’est pas un choix idéologique, elle est un choix stratégique pour dynamiser la société québécoise et cesser de l’appauvrir à bien des égards. Assurément, la crise pandémique le démontre bien : la lourdeur administrative ne sert pas du tout le bien-être collectif des Québécois. Ce mammouth trop lourd doit s’alléger et se transformer en un svelte étalon.

1 COMMENTAIRE

  1. Malgré cela, malgré PL 61 avorté de façon retentissante (et humiliante), et al., etc.; la CAQ vole encore et toujours sur le nuage de sondages tous des plus favorables.

    Trouvez l’erreur. Se pourrait-il que… ce soit éminemment plus l’état de la population même que reflètent ces sondages, l’un après l’autre; que la qualité, factuelle-réelle, de gouvernance d’État en cours… Sceptique(s)? Posez-vous, alors, la question suivante: des trois gouvernements suivants, celui de 1960, celui de 1980, celui de 2020; lequel est de moindre qualité que les deux autres? Vous ne courez aucun ‘risque’ à parier qu’à l’échelle de l’Histoire, le dernier en date apparaîtra tel un nain comparé aux autres, géants. C’est juste qu’on est, là, en l’ère de l’air, dont l’aire s’avère aussi ample et vaste que… (je ne dirai pas le mot, ça pourrait ‘faire de la peine’).

    Examen

    On avait eu de GROS projets de loi en juin l’an passé. On en a eu un plus ‘BIG’ encore ce juin-ci. Mais ç’a avorté. Et pour cause.

    C’est ce que la chose dévoile qui se révèle plus intéressant encore que tout sondage invariablement favorable. L’an dernier, en effet, un suréminent juriste s’était dit interloqué, scandalisé, atterré par l’« odieux » d’exagérations en suspensions ou suppressions de droits — (c’en prenait vraiment pas tant) — aux fins d’application sans incommodements aucuns de la loi 21. Or, que dirait-il donc de (feu) la 61 de cette année-ci, à la faveur de laquelle, là, il n’en eût plus resté aucun(s), droit(s), pour personne? (Comme vous dites: « Pile, je gagne; face, tu perds»…). [Tu perds même la face…;-)]. C’est-à-dire, donc, ‘pus’ rien pour nul autre que le gouvernement même. Qui, de par cette loi, telle que rédigée, s’arrogeait, à soi seul, tous, tous, tous les pouvoirs. ‘Pus’ rien (bis) pour d’autres. Surtout pas pour des juges ou l’Assemblée nationale. L’immunité qu’on n’avait pu acquérir vis-à-vis covidixneuf, lui allait l’avoir. Toute, absolue, absolument toute, entière, exclusivement. Pas « beau », ça? Coup de Maître! Si ça n’avait achoppé. Ce gouvernement allait, donc, être parfaitement et complètement immunisé.

    L’intéressantissime de tel ‘développement’, c’est, encore, ce que cela illustre. Le PM, en effet, n’en finit jamais de répéter ad nauseam que son gouvernement serait comme immunisé contre tout dérapage, e.g. en (possibilité de [‘production’ de]) collusion — (grâce à sa ministre arrivant de Charbonneau) —; ainsi qu’économiquement bétonné, à tous crins, grâce à son équipéconomique ministérielle du tonnerre. Bien, on ne peut dire que le censé plus meilleur de celle-ci ait fait preuve de Sagesse salomonienne, en pleurnichant notamment finalement qu’avec ça (la déconfiture de 61), on l’aurait pas la ligne bleue… Assez « fort » ?

    La ligne bleue traîne depuis un demi-siècle. Et ce justement à cause de gens comme lui. Des politiques. S’adonnant au plus mesquin petit petit ‘jeu’ possible de petite politicaillerie. Faisant «danser», «niaiser», tanguer, atermoyer et procrastiner interminablement tantôt des CHUM, tantôt des ligne bleue, justement. Quant à LA Garante du Droit au conseil des ministres de ce gouvernement, eh bien…

    Ç’aura pris rien de moins que toute la ‘pesanteur’ d’une demi-douzaine d’organismes, venant dire qu’ELLE n’avait PAS fait son boulot, en laissant passer, comme elle l’a fait, l’article 50 de 61; pour que celui-ci fût, enfin, dûment reconnu comme n’étant pas mais vraiment pas de bon aloi. Si bien que, alors, qu’elle soit là ou pas, S. L., quelle différence, dites?!

    Au plus près encore du PM, « à la droite du ‘Père’ », son bras droit, lui aussi censé très très fort en Droit; qui, l’an passé avait enguirlandé vertement pas à peu près une députée libérale, en lui assénant qu’on ne vient pas en politique pour devenir président de l’Assemblée nationale!, mais bien seulement « pour SERVIR! »; eh bien, n’eût-il pas pu le rappeler, cela, à son gouvernement, qu’il n’est pas là pour SE servir en s’octroyant à lui seul tous les droits et pouvoirs? Ah, il a fait « mieux » encore. Encore… Et son chef l’a laissé dire et faire, sans rien dire ni rien faire. Appropriation politique (de l’Oeuvre des autres).

    Semaine passée, a-t-il affirmé en effet avec force éclat que c’est leur gouvernement qui, le tout premier, aurait formé un conseil des ministres paritaire. Or, la véréalité c’est que ç’avait été fait, cela, et deux fois d’affilée plutôt qu’une, en 2007 et 2008, par le PLQ. Legault, qui siégeait à ce moment, ne peut ne pas savoir. Il n’en a pas moins laissé aller ça comme ça. ‘Édifiant’! ‘Trouvez pas? Et il y a plus. Le bras droit a surajouté, par-dessus l’marché, qu’il ne se serait quasi jamais rien fait côté amélioration de la condition féminine avec/par le PLQ. Or (bis), il y a une quinzaine d’années déjà, le Québec est devenu le premier État AU MONDE à garantir la parité hommes-femmes au sein des conseils d’administration de ses sociétés d’État. Était-ce la CAQ qui était au pouvoir à ce moment?…

    Et ce n’est pas fini.

    « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit ! ». ‘Connaissez ?
    Eh bien, la loi du « au Québec, c’est comme ça qu’on vit »
    il s’est trouvé 12 fois et demie plus d’élu.e.s québécois.e.s
    montréalais.es
    là où s’« applique » incidemment le plus la loi en question
    votant contre que votant en faveur.
    Voudrait-ce dire qu’importe peu ou pas ‘comment on vit à’
    Montréal ?

    Pour finir, puisqu’il faut bien terminer, hein…, cette déclaration, toute fraîche, de LA Ministre des aîné.e.s. Clamant cette semaine qu’eux/elles, au gouvernement, différemment des pdg de CISSS et CIUSSS, qui n’ont été que ‘nommé.e.s’, ont été élu.e.s. Et qu’en conséquence, c’est eux/elles qui mènent; qui, seu.le.s, auraient légitimité pour le faire. On a bien vu ‘ça’, en effet, avec PL 61, que des juges, rien que nommé.e.s…, pouvaient r’voler en l’air au vent, se désintégrer, se désagréger, ne plus exister; le gouvernement caquiste n’en ayant pas besoin. Resteraient les syndicats, eux aussi élus? Eux, en auraient-ils des droits, tel droit de parole, ou légitimité ou autorité quelconque sur quelque chose, en vertu d’ententes? Ou…

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