Le projet de loi sur la laïcité et la paix sociale

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Source photo: Freepik et ilixe48

Tant que l’État n’optera pas pour une voix rassembleuse, les laïcistes identitaires et les multiculturalistes qui se confrontent ne sont pas au bout de leurs peines. En dehors d’un patriotisme communautarien, la paix sociale n’est qu’un rêve.

Plusieurs diront que les visions différentes des laïcistes identitaires et des multiculturalistes sont inconciliables. Les premiers souhaitent l’évacuation progressive de tout ce qui fait référence à la foi théiste dans l’espace public. Les seconds placent toutes les cultures sur un même pied d’égalité, réduisant ainsi le patrimoine québécois à une culture comme toutes les autres qui se sont ajoutées au fur et à mesure des immigrations. Dans les deux cas, le Québec se distance de ses origines. Pire, il évacue consciemment de sa mémoire collective son patrimoine, son histoire et les personnages courageux qui l’ont marqué. Comment réconcilier les deux? Est-ce Dieu possible? Oui, la clé se trouve dans une approche qui fonde ses assises sur un patriotisme communautarien.

Mémoire et diversité

Un patriote est quelqu’un qui honore et qui voue un respect à sa patrie. Si nous voulons que les nouveaux arrivants développent un sentiment d’appartenance au Québec, nous devons à la fois leur faire de l’espace et leur montrer que nous sommes fiers de notre patrimoine. Un patriote respecte son patrimoine. C’est pour cette raison que les armoiries du Québec affichent la devise « Je me souviens ». Cette devise fait référence à nos fondateurs, à des hommes et des femmes de foi, à des Amérindiens, à des gouverneurs français et à quelques sympathisants anglophones. Le souvenir de notre histoire et de nos héros, nos célébrations, nos chants et nos symboles qui marquent notre culture doivent être respectés. Dans le cas contraire, notre identité sera ultimement évincée, et notre nation ressemblera à n’importe quelle autre en Occident. Elle deviendra insipide et dénaturée.

La diversité sans dilution

Puisque les Québécois sont des citoyens accueillants, compatissants, hospitaliers et chaleureux, ils ouvrent leurs bras grands ouverts aux familles immigrantes. Comment nourrir chez ces nouveaux arrivants un respect de qui nous sommes, sans enfreindre la liberté de conscience de tous ces Québécois issus de diverses cultures? Sur une terre de liberté, ils ont le droit, au même titre que tous, de vivre selon leurs croyances, leurs valeurs et leur culture propres.

Ce qui doit nous unir, c’est le droit à la liberté et le respect de l’autre. De la même manière qu’un Québécois de souche qui se dit athée et qui ne croit ni à l’existence de Dieu, ni à la venue du Messie ni à la résurrection du Christ, doit respecter le fait qu’au Québec, on célèbre les fêtes de l’Action de grâces, de Noël et de Pâques, les autres communautés de foi doivent de même respecter le patrimoine québécois au milieu duquel elles ont choisi de vivre. Le Québécois athée ne célébrera pas ces fêtes à cause de leur rapport à la transcendance, mais il le fera, en tant que citoyen, parce qu’elles font partie de son patrimoine. En exigeant le même type de respect auprès des autres communautés de foi, le Québec maintient en vie son patrimoine sans l’imposer à tous.

Le patriotisme communautarien encourage les Québécois à valoriser leur patrimoine et permet à tous de vivre en paix en fonction de leur culture. Le patrimoine devient ce qui trace la ligne des éléments qui figureront dans le calendrier, sur la place publique et dans les édifices gouvernementaux.

L’exemple de Cuba

À Cuba, un pays qui s’éloigne de la foi théiste, on a déclaré, comme jour férié, le 25 décembre. De plus, les processions de la Semaine pascale y sont permises. L’État cubain est laïc. Néanmoins, il reconnaît la fête de Noël pour son caractère patrimonial et accepte que le Ramadan soit aussi célébré, sans pour autant en faire une fête nationale. À Cuba, le patrimoine a préséance sur la diversité religieuse.

Un exemple de maturité

En matière de symboles religieux, pourrait-on donner à tous les Québécois la liberté d’exprimer leur foi sans distinction et exiger de l’État qu’il mette en valeur les symboles, les célébrations et les chants qui font partie de notre patrimoine? Sommes-nous suffisamment matures, en tant que peuple, pour adopter cette approche qui enseigne à tous que l’histoire d’un peuple a de la valeur et que la liberté prime sur la répression des individus.

Un exemple de courage

Si, au Québec, nous avions des politiciens courageux qui oseraient établir notre identité sur le patrimoine et la liberté, le climat social serait moins tendu. Par la voie d’un patriotisme communautarien, le Québec sortirait de l’axe laïciste-multiculturaliste et permettrait à tous ses citoyens d’exprimer du respect envers le patrimoine et en même temps, envers les croyances de chacune des communautés. Un État québécois qui prônerait un patriotisme communautarien contribuerait à atténuer considérablement l’animosité qui règne entre les laïcistes et les multiculturalistes.

Une diversion

Nos politiciens savent très bien que, pendant qu’on alimente une confrontation entre les laïcistes et les multiculturalistes, l’opinion publique oublie que les services offerts dans nos écoles et nos hôpitaux doivent être repensés. Ce n’est pas par pur hasard que le patriotisme communautarien est « discarté » du jeu, on ouvre ainsi la porte aux médias traditionnels d’alimenter un débat sans fond.

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