Stimuler la motivation des élèves ou niveler vers le bas

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Source: Pixabay et Taken

L’idée de restreindre les critères d’admission aux programmes d’éducation internationale et aux écoles privées sélectives est le meilleur moyen de baisser la motivation de l’ensemble des élèves.

Pierre Canisius Kamanzy, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, nous apprenait que 60 % des jeunes des écoles privées sont admis à l’université, contre 51 % de ceux des écoles publiques de type enrichi à côté de 15 % de ceux provenant des écoles publiques régulières. D’après ses recherches, M. Kamanzy affirme que l’accessibilité aux études supérieures varie selon le type d’école que les élèves ont fréquenté au secondaire. Ce constat montre clairement que certains communautés scolaires sont plus performantes que d’autres pour préparer les jeunes à atteindre les échelons supérieurs. Doit-on éliminer ces établissements scolaires ou leur permettre d’augmenter leur clientèle? La question se pose.

Penser l’éducation autrement

L’État a le choix, soit d’assouplir l’accès aux programmes enrichis et forcer les écoles privées à accueillir des élèves en difficulté, soit repenser l’éducation en fonction des intérêts, des capacités et de la réalité des jeunes Québécois. En fait, l’accès des élèves à des niveaux supérieurs d’éducation n’est pas lié à un problème d’accessibilité mais plutôt à l’intégration des élèves en difficulté d’apprentissage dans les classes régulières. Les enseignants ne peuvent plus stimuler les élèves forts et les élèves réguliers en même temps qu’ils doivent sans cesse trouver des stratégies pour réchapper ceux qui sont en difficulté d’adaptation et d’apprentissage.

Sur le même pied d’égalité

Ce qui sape la performance de notre système scolaire, ce sont ses concepteurs qui s’agenouillent devant un système à vocation d’intégrer tout le monde. Effectivement, de plus en plus de personnes veulent que les programmes élitistes soient ouverts à tous. Or, un modèle mur-à-mur, universellement intégrateur, ne fonctionne nulle part. Si tous les individus étaient égaux à tous points de vue, on pourrait se marier avec n’importe qui. À la rigueur, on pourrait faire confiance à tout le monde. On devrait alors intégrer des joueurs de ligues de garage dans les équipes sportives professionnelles. Les Olympiques devraient être ouverts à tous; encore mieux, on ne devrait pas donner de médailles aux meilleurs. Pourquoi ne pas accepter tout le monde en médecine nucléaire, en droit ou en chimie? Tant qu’à y être, laissons les artistes concevoir nos ponts. Ils seront certainement bien convaincants, mais s’ils n’ont pas de formation en ingénierie, comment garantiront-ils la stabilité et la sécurité de leurs ponts? Ces exemples prouvent hors de tout doute qu’il y des gens doués, d’autres qui se tiennent dans la moyenne et certains qui éprouvent des difficultés plus ou moins grandes à suivre le peloton.

Trouver sa place

Évidemment, tous sont égaux en matière de dignité et d’exigence de respect en tant qu’êtres humains, mais certains d’entre eux sont plus doués tandis que d’autres le sont moins ou requièrent des formes particulières d’éducation. Que l’on soit petit, grand, beau, moins beau, artistique, scientifique, ou autre, tous doivent avoir la possibilité d’être formés de telle sorte qu’ils puissent contribuer à la vie en société. Ainsi, notre système scolaire, si l’on veut qu’il soit efficace à former des étudiants qui se rendront jusqu’aux niveaux supérieurs, ne peut pas intégrer tout le monde. Cependant, il doit impérativement donner la possibilité à tous de trouver leur place.

Perdre confiance

Lorsqu’on fait croire aux élèves qu’ils sont tous égaux, on fait fausse route et on leur ment. Sans surprise, un bon nombre d’entre eux finissent par perdre confiance au système et ultimement décrochent parce qu’ils se rendent bien compte que l’égalité sur le plan des capacités d’apprentissage, du développement intellectuel ou d’habiletés n’existe pas. Les élèves ne croient plus au concept d’égalité dans la scolarité parce qu’ils voient rapidement qu’ils sont parmi les meilleurs, ou dans la moyenne ou en queue de peloton. En revanche, lorsque la culture scolaire génère un fort sentiment d’appartenance, elle produit un taux de motivation supérieur.

Un sentiment d’appartenance

Les recherches de Claude Deblois et de Lise Corriveau démontraient, dans les années 90, que la culture d’une école favorise la persévérance scolaire et particulièrement à travers le sentiment d’appartenance qu’elle génère. Vingt-cinq ans plus tard, on persiste à vouloir intégrer tous les élèves dans les mêmes programmes. En réalité, on veut freiner l’innovation, le dépassement de soi et la valorisation sous prétexte que tous sont égaux. Or, ce n’est pas sur la base de la présence dans une classe d’élèves en difficulté à côté d’élèves doués que les uns et les autres vont se développer adéquatement. C’est bien plutôt en cultivant un sentiment d’appartenance à travers un projet d’école rassembleur, mobilisateur et stimulant autant pour les élèves que pour le personnel et surtout pour la direction.

Stimuler et non niveler

Nous avons besoin d’un système d’éducation qui stimule ceux qui sont doués par des programmes d’études internationales, des projets particuliers, comme le sport-études, les arts-études, la musique-études, etc, ainsi que par des écoles privées et sélectives. Nous devons avoir aussi de bonnes écoles publiques qui donneront une bonne formation générale ainsi que d’autres écoles qui se spécialiseront en fonction des troubles d’adaptation et d’apprentissage. Mettons sur pied des centres régionaux accessibles qui se spécialiseront pour répondre aux besoins des cas de déficit d’attention, de dyslexie, de dysphasie, du spectre de l’autisme et de toute autre spécificité. Chaque école aurait ses spécialistes qui travailleraient ensemble au mieux-être et à l’intégration des élèves.

Des projets inter-écoles

Ainsi, différents projets inter-écoles pourraient être initiés pour sensibiliser tous les élèves des différentes écoles à la réalité des uns et des autres. Des projets artistiques, technologiques ou sportifs pourraient devenir des projets communs qui seraient partagés par des élèves de différentes écoles, dans un encadrement bien orchestré.

Stimulant pour tous

Depuis des années, on tente de rénover un système du 20e siècle et de l’adapter aux réalités du 21e siècle. Il est temps de structurer un système scolaire stimulant et enrichissant pour les élèves doués, les élèves réguliers et les élèves en difficulté d’apprentissage. C’est ainsi qu’on respectera la règle de l’égalité.

À défaut de quoi, l’impact d’un système qui veut tout niveler vers le bas est désastreux. Il freine le développement des élèves qui sont au-dessus de la moyenne, il démotive les élèves réguliers et il fait sentir aux élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage qu’ils ne sont pas à la hauteur.

Tout ce qui nous manque est un ministre courageux qui sera prêt à s’opposer à ceux qui prônent le nivellement vers le bas. Il est plus que temps d’offrir un système scolaire conçu et adapté aux réalités du 21e siècle. Sortons du rapport Parent et avançons vers un modèle plus spécialisé, un modèle stimulant pour toutes les catégories d’apprentissage.

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