Une clause grand-père pour les symboles religieux patrimoniaux

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Source: Pixabay et Samuriah

Éric Lanthier

Avant de tout laïciser, protéger notre patrimoine religieux serait une belle marque de respect envers tous ceux qui ont défriché, bâti et peuplé le Québec.

 

Une clause grand-père signifie que les droits protégés d’un peuple sont des acquis et qu’ils ne peuvent être affectés par une nouvelle législation. Si l’abolition du port des symboles religieux est inévitable pour les personnes en autorité, je propose qu’on protège les symboles, les célébrations et les œuvres artistiques qui sont liés à notre patrimoine, à notre histoire et à notre folklore. Ainsi, le Québec devrait enchâsser dans sa Charte des droits et libertés de la personne la reconnaissance du patrimoine québécois et la protection des éléments suivants qui en font partie : la fête de Noël, de Pâques et de l’Action de grâces, les cantiques traditionnels de Noël ainsi que la crèche, la croix et le crucifix. En protégeant ces éléments, le Québec deviendrait un État laïc respectueux de son histoire, de son patrimoine et de son folklore.

La laïcisation est une entreprise noble en soi lorsqu’elle s’opère dans le respect et la dignité. Or, si elle s’écarte de ces balises, la laïcisation dont il est question présentement au Québec désincarnera notre nation et déconnectera le peuple de son histoire.  Interdire à des enseignants ou, voire même, à des personnes en autorité de porter un signe identificateur de l’histoire du Québec est un manque de respect envers nos prédécesseurs.

Un peu d’histoire

Historiquement, la Nouvelle-France a été peuplé en grande partie par des huguenots. Il s’agissait de chrétiens francophones de foi protestante qui fuyaient la persécution. Ils désiraient vivre sur une terre de liberté et aspiraient à vivre selon leur foi en toute quiétude. Par la suite, voyant qu’ils étaient minoritaires dans leur nouvelle patrie, les catholiques ont élargi leur immigration et augmenté leur progéniture pour s’assurer que la Nouvelle-France serait une nation identifiée à leur langue et à leur religion. Finalement, au bout de quelques décennies, le Québec est devenu une terre majoritairement franco-catholique.

Une société occidentale désincarnée
L’histoire de notre patrie s’est amorcée par des hommes et des femmes de foi qui ont bravé un climat difficile pour assurer un avenir meilleur à leurs descendants. Oublier nos débuts, c’est perdre de vue notre identité, c’est l’effacer de notre mémoire.

En ne protégeant pas les célébrations, les symboles et les œuvres musicales ou autres reliés à notre patrimoine, le Québec deviendra un peuple insipide, une nation assimilée et uniformisée à la culture occidentale. Elle perdra son identité et se fondra dans une culture aseptisée, comme c’est le cas dans la majorité des pays occidentaux. Le Québec adhérerait ainsi à une culture du présent dissociée de son passé. Une culture sans histoire. En rejetant son passé pour s’ajuster aux goûts du jour, notre patrie se distancerait non seulement de son identité, elle y perdrait aussi sa fierté.

Très peu d’utilisateurs
Le nombre de policiers du SPVM et de la SQ qui se prévalent de leur droit de porter des symboles religieux est inexistant. Le port de signes religieux est encore moins vrai chez les juges. Alors, au lieu de mettre tant d’énergie sur les symboles religieux, l’appareil étatique devrait plutôt s’assurer que les employés en autorité dans n’importe quelle sphère gouvernementale s’acquittent de leur fonction avec professionnalisme. Ce que les contribuables veulent, c’est un juste retour sur leur investissement. Les Québécois payent cher pour leurs services gouvernementaux, ils sont donc en droit de s’attendre à un haut standard de qualité quand vient le temps pour eux de s’en prévaloir.
Opter pour la liberté
Évidemment, cette protection de notre patrimoine se verrait contestée. Les différents groupes qui s’opposeraient à cette reconnaissance de caractère patrimonial pour les sujets mentionnés plus haut réclameraient le droit à l’égalité. Cependant, la protection de droits patrimoniaux s’avère le meilleur compromis entre le laïcisme et le multiculturalisme. Si les tribunaux ne permettent pas d’accorder une clause « grand-père » aux symboles, aux célébrations et aux œuvres artistiques qui sont issus de notre patrimoine, j’opterais alors pour la liberté pour tous et non pour l’abstinence pour tous.
Responsabiliser au lieu d’interdire
Dans une démocratie libre et ouverte, il est préférable d’accorder la liberté de conscience, la liberté d’expression et la liberté de religion à tous les concitoyens. L’identification à une communauté de foi théiste n’est pas un problème en soi. S’il se produit des débordements, les médias ne tarderont pas à les dénoncer sur la place publique, et les gens concernés qui auront voulu faire étalage de leur liberté individuelle devront en assumer, seuls, les conséquences et les blâmes.
Plus observés que les autres
Je ne m’inquiète pas des symboles religieux portés par les personnes en autorité parce que, dès le moment où une personne s’affiche, elle est observée. Que ce soit un enseignant, un juge ou un policier, si une personne en autorité affiche son appartenance religieuse, on l’observera davantage que les autres.

Prenons comme exemple un juif orthodoxe qui se fait arrêter pour excès de vitesse par une policière qui s’identifie à l’islam. Celle-ci aura intérêt à être prudente dans sa façon d’aborder le contrevenant, car il pourrait potentiellement retenir contre elle toute apparence d’injustice. L’identification religieuse devient alors une arme à deux tranchants. En s’identifiant à un groupe, on doit redoubler d’ardeur pour montrer son impartialité. À défaut de quoi, on aura plus de mal à se défendre même si ses prétendus écarts ne seraient nullement liés à des préjugés. L’identification apporte inévitablement une responsabilisation, ce qui est un pensez-y-bien.

Conclusion
Quoi qu’il en soit, protéger notre patrimoine s’avère plus positif que d’interdire à tous le droit de montrer leur allégeance, ne serait-ce que par respect pour ceux qui nous ont ouvert la voie vers une terre de liberté. Une société qui honore ses prédécesseurs et ses fondateurs manifeste un respect pour l’héritage qu’elle a reçue d’eux. C’est un hommage minimal à leur rendre.

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