Le procès de Luc Lavoie ou être Charlie à géométrie variable…

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Luc Lavoie: source image Facebook

Éric Lanthier

Cet article a été publié initialement sur les pages francophones du Prince Arthur Herald!

Ce qui ne tient pas la route dans cette saga au sujet de Luc Lavoie, c’est qu’un certain nombre de ses détracteurs se disaient « Charlie » en 2015. Or, comment peut-on être à la fois pour le droit au blasphème et contre le droit aux propos hautement répréhensibles?

 

Tout le monde sait que Luc Lavoie plaisantait lorsqu’il avait mentionné qu’il aurait préféré qu’on tire sur les indépendantistes plutôt que sur les écureuils. Cette blague de très mauvais goût lui avait coûté momentanément son poste de commentateur sur le réseau de Pierre-Karl Péladeau.

 

Pour sa part, Mathieu Bock-Côté, un indépendantiste invétéré, laissait entendre que cette sentence n’était pas proportionnelle à l’offense. Richard Martineau, lui, croit qu’au Québec, on est vite sur la gâchette pour exprimer notre rancœur et notre ressentiment à l’égard d’un souffre-douleur désigné.

 

Pour ma part, un tel gag n’a vraiment pas sa place sur les ondes, et même si Luc Lavoie l’avait lancée dans une brasserie entre amis, sa farce aurait été mal reçue de la part de ses détracteurs, surtout si la scène aurait été filmée et retransmise sur les réseaux sociaux. Alors, qu’est-ce qui cloche? D’un côté, certains le condamnent à cause de ses propos à caractère haineux et de l’autre côté, ces mêmes personnes estiment légitime la publication des caricatures à caractère haineux et blasphématoire du Charlie Hebdo. C’est là que le bât blesse, car le jugement de ces personnes sur ces deux événements est définitivement à géométrie variable.

 

Être Charlie : la contradiction de l’heure

Revenons en arrière. En janvier 2015, l’Occident était en émoi. La tuerie perpétrée dans les locaux du Charlie Hebdo avait suscité l’indignation. En guise de solidarité, la majorité des Occidentaux se disaient « Charlie » et par le fait-même, en faveur du droit au blasphème.

 

Cependant, le philosophe et écrivain français, Thibaud Collin, mentionne qu’être Charlie « […] c’est admettre l’idée que la France se reconnaît dans cet esprit libertaire dont l’activité principale est la moquerie, voire l’insulte, envers toutes les formes de la grandeur, qu’elle soit religieuse, politique, morale ou institutionnelle ».

 

De son côté, Le Monde affirmait que le droit au blasphème, associé au Charlie Hebdo, n’était pas interdit en France. Par ailleurs, ce droit au blasphème a bénéficié d’un grand appui au Québec, même auprès de Jean-François Lisée qui déclarait : « […] en étant Charlie, nous affirmons que nos démocraties défendront le droit au blasphème, donc le droit à l’excès dans la liberté d’expression, ce qui en est son test ultime. » Parallèlement, ce même chef du Parti québécois ne croyait pas que le réseau TVA devait accepter les propos émis par Luc Lavoie. Alors, lequel des deux Jean-François Lisée devons-nous écouter, celui qui est pour le droit au blasphème religieux ou celui qui est contre le blasphème politique?

 

Luc Lavoie a pourtant demandé des excuses et ce qu’il a reçu en échange, c’est le déclenchement d’une enquête qui a amené le réseau TVA à le suspendre momentanément de ses fonctions d’analyste politique.

 

Je me demande combien de ses détracteurs se sont manifestés, tout comme Jean-François Lisée, à la fois pour le droit au blasphème religieux et contre le droit au blasphème politique. Comment peut-on être à la fois pour le droit au blasphème et contre le fait de dénigrer, à la blague, un souverainiste? De grâce, ne me méprenez pas! Je suis d’avis que Luc Lavoie est allé trop loin. Ce qui est choquant, c’est que Jean-François Lisée et les « Charlie » de ce monde qui pensent comme lui étaient mal placés pour lancer la première pierre à Luc Lavoie. À mon avis, il s’agit d’un jugement à géométrie variable.

 

Je ne suis pas en train de dire que Luc Lavoie était en droit de lancer cette blague de très mauvais goût. Ce que je dénonce, c’est l’incohérence entre les positions de certains.  Pour l’un, les blasphémateurs sont appuyés, pour l’autre, le blasphémateur a été momentanément frappé d’interdit, et même s’il s’est repenti.

 

Je me souviens

J’ai l’impression que nos politiciens et nos analystes savent très bien que les Québécois ont oublié leur propre devise même s’ils peuvent la lire sur la plaque d’immatriculation de leur voiture. Il n’est pas étonnant que le cynisme à l’égard de la classe politique ne cesse de croître et que le peuple préfère se nourrir de divertissement.

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