Se distancer de la laïcité pour relancer le PQ

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Eric Lanthier

Source image: Wikipedia

Cet article a été initialement diffusé sur la plateforme du Prince Arthur Herald

Afin de former un gouvernement majoritaire, le Parti de René Lévesque doit élargir ses horizons et se distancer du Mouvement laïque québécois pour s’ouvrir à la nouvelle réalité québécoise. À défaut de quoi, il copiera l’Union nationale, un parti qui s’est fondu dans un autre, sans laisser de traces.

Le Parti québécois (PQ) a tout intérêt à s’éloigner du Mouvement laïque québécois (MLQ) parce que ce lobby l’empêche de mobiliser un maximum d’appuis à son parti. Le MLQ a contribué à distancer la population du Québec de ses racines patrimoniales. Il a été un des acteurs principaux de la déconfessionnalisation du système scolaire, du retrait de la prière dans les réunions de différents conseils municipaux et de l’éventuelle disparition du crucifix au salon bleu de l’Assemblée nationale. Un Québec sans patrimoine, c’est un Québec dénaturé.

Se distancer de l’approche défensive

Au hockey, il y a essentiellement deux façons de gagner une joute, soit par une approche défensive, en empêchant l’autre équipe de marquer des buts, soit par une approche offensive, en tentant de marquer plus de buts que l’autre équipe. Or, en flirtant avec le MLQ, le Parti québécois a opté pour une approche défensive. Au lieu de mettre en valeur notre patrimoine, il se déguise en porte-parole des Québécois « pure laine » et nous empêche d’être ce que nous sommes.

En d’autres mots, en laïcisant le Québec, le PQ veut s’assurer que les communautés ethniques n’ajoutent pas leurs couleurs au panorama québécois. Effectivement, l’approche du parti, influencée par le MLQ, vise à retenir les communautés ethniques d’enrichir le Québec. Pourtant, ce que Jean-François Lisée doit comprendre, c’est qu’en enlevant des droits à certains, on affaiblit du même coup l’identité québécoise. En revanche, si le chef du PQ valorise notre patrimoine, il réussira à inspirer la majorité des Québécois.

Promouvoir notre patrimoine

Pour gagner la faveur d’un plus grand nombre d’électeurs, le PQ doit gagner à la fois la faveur des communautés ethniques et celle des Québécois traditionnels. Sinon, il sera incapable de prendre le pouvoir. S’il proclame que le Québec est une nation ouverte et sensible aux accommodements raisonnables, si ces gestes en témoignent, s’il redonne aux parents le plein pouvoir de choisir l’école de leurs enfants en fonction de son orientation confessionnelle et s’il valorise concrètement le patrimoine québécois, le PQ sera en mesure de récupérer les électeurs qui se sont réfugiés au sein de Québec solidaire (QS), d’Option nationale (ON), de la Coalition avenir Québec (CAQ), du Parti conservateur du Québec (PCQ) et du Nouveau Parti démocratique du Québec (NPDQ).

Opter pour un patriotisme-communautarien

Si le PQ ne fait pas le choix d’un patriotisme-communautarien, il se marginalisera de plus en plus jusqu’à son éventuelle extinction. Le patriotisme-communautarien est l’avenue par excellence pour ce parti. En effet, cette vision de la communauté prône la liberté d’expression des communautés ethniques au sein de la société civile tout en mettant en valeur le patrimoine national. Dans un tel contexte, les Juifs pourraient fêter la Hanukkah dans l’espace public sans que cette fête ne devienne une fête nationale. Pourquoi? Parce qu’elle ne fait pas partie de notre patrimoine. Ainsi, notre patrimoine protégerait les symboles comme la croix et la crèche, ainsi que les chants traditionnels de Noël et les célébrations telles que Pâques, l’Action de grâces et la fête de la nativité.

Une proximité malsaine

En étant collé sur le MLQ, le Parti québécois ne sera jamais en mesure de revivre des remontées historiques comme il a connu en 1976 ou en 1994. En fait, lorsqu’on compare la mission du MLQ et le programme du PQ au point 1.3.c, on voit très bien que les deux mangent dans la même main. Cette proximité entre les deux groupes est définitivement malsaine. En se distançant du MLQ, le PQ cessera d’être le parti d’une génération en réaction à l’église catholique. Au contraire, il acquerra le pouvoir de devenir le parti d’une majorité de Québécois. En se laïcisant, le PQ perd des appuis. Par contre, s’il se tourne vers le patriotisme-communautarien, il se montrera ouvert tout en traçant une ligne bien définie en fonction de notre patrimoine. Cette stratégie serait unificatrice et respectueuse pour tous les Québécois, qui seraient libres d’exprimer ce qu’ils sont.

L’opposition au patrimoine et les communautés ethniques

L’opposition au patrimoine ne vient pas des communautés ethniques, elle provient des militants du MLQ. Je n’ai jamais entendu parler d’une manifestation organisée par les bouddhistes, ni les Juifs, ni les Hindous, ni les Sikhs, ni les musulmans contre le crucifix à l’hôpital Saint-Sacrement dans la région de Québec. Non, ce sont les sympathisants de la philosophie du MLQ qui militaient en faveur de son retrait. S’il s’écarte du MLQ, le Parti québécois de Jean-François Lisée se donnera la chance de redevenir le Parti québécois de René Lévesque. Faute de quoi, les coussins des sièges de l’Assemblée nationale ne risqueront pas de s’affaisser. Et qui sait si dans neuf ans, le PQ ne s’engagera pas dans le même chemin que l’Union nationale. Le chef du PQ doit saisir qu’il n’y aura pas de renouveau sans changement. Il est temps que le PQ se réveille et se lève pour devenir le parti de la nouvelle réalité québécoise et non plus de celle des années 60.

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