Élection Québec 2018 : victoire d’un parti ou celle de la démocratie

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Source photo: Flickr

Eric Lanthier

Cet article a été publié initialement sur la plateforme francophone du Prince Arthur Herald

Il est possible que la Coalition Avenir Québec (CAQ) forme le prochain gouvernement du Québec. Sera-ce la victoire de la démocratie ou du parti ? C’est là tout l’enjeu politique.

 

Le problème au Québec, c’est que nous devons continuellement choisir le parti le moins pire, pour se rendre compte qu’une fois élu, il n’offre pas ce à quoi nous nous attendions. S’il veut sortir de cette boucle interminablement décevante, le Québec doit voir se lever des mouvements citoyens de plus en plus nombreux qui réclameront auprès des gouvernements ce qu’ils désirent et ce qu’ils ont besoin.

 

Même si les derniers sondages se sont révélés en faveur de la CAQ, les Québécois ne veulent pas nécessairement de ce parti. Ce qu’ils veulent, c’est de se débarrasser des libéraux sans pour autant devoir élire le Parti québécois. En réalité, un grand nombre de citoyens ont envie de changer l’air du salon bleu. Comme le disait Mario Dumont à Chicoutimi en 1998 : « Il est temps qu’on change l’air de l’Assemblée nationale, qu’on ouvre les fenêtres pour aérer le salon bleu afin qu’il s’ouvre à un vent de fraîcheur. » Il faisait référence aux vieux partis et à l’alternance du pouvoir entre le Parti québécois et le Parti libéral. Maintenant, est-ce que les Québécois veulent changer pour changer ou croient-ils véritablement que le programme de la CAQ est ce qu’il y a de mieux pour le Québec ?

 

François Legault est un fin renard, il sait quoi dire et quoi taire pour tirer son épingle du jeu. Plus il sera vague sur les enjeux épineux, moins il risquera de déraper. Sa stratégie sera simple : nous marteler le cerveau par les grands axes de son programme, la modernisation de l’État, la Charte des contribuables, la réduction de l’attente en santé et la laïcité de l’État. Il évitera à tout prix les enjeux trop pointus comme l’exemption des taxes aux groupes religieux qui ne respectent pas ses valeurs ou d’autres sujets du même ordre.

 

C’est pourquoi plus se lèveront des mouvements citoyens pour manifester pacifiquement, plus les partis politiques seront à l’écoute de la population. À défaut de quoi, l’histoire politique se répétera à l’Assemblée nationale avec trois partis au centre et un parti bien campé à gauche. De son côté, la droite sera marginalisée, car le Parti conservateur du Québec (PCQ) ne risque pas de faire élire un candidat le 1er octobre. Au contraire, les votes en faveur du PCQ réduiront les chances de la CAQ de l’emporter et avantageront, selon le cas, l’élection d’un libéral ou d’un péquiste.

 

Pour que les partis politiques se chargent enfin de nos intérêts, nous devons former des mouvements citoyens qui seront à la fois pacifiques dans leurs actions et revendicateurs dans leur discours. Sinon, nous voterons encore une fois soit pour le moins pire des cinq, soit pour celui qui est le mieux positionné, aux yeux de l’électeur, pour prendre le pouvoir.

 

Au bout du compte, les partis en lice qui sont susceptibles de prendre le pouvoir se camperont tous au centre pour bien s’assurer de ne pas s’aliéner une partie de l’électorat. Les idées novatrices, comme l’abolition des commissions scolaires, l’instauration des bons de garde aux parents, la valorisation de notre patrimoine ou le remaniement du système de santé, seront en grande partie délaissées, à peine quelques-unes seront-elles saupoudrées dans les discours de ces partis. Ainsi, nos problèmes perdurent, et les solutions apportées par l’État sont résolument inadéquates.

 

Pendant ce temps, c’est l’ensemble de la population qui en sortira perdante. Plus les Québécois uniront leurs voix dans des mouvements citoyens pacifiques, plus les partis politiques du centre devront choisir un axe.  Nos candidats seront alors de réels représentants de nos valeurs, de nos idées créatrices et des solutions efficaces que le Québec a besoin.

 

La victoire de notre démocratie ne passe pas d’abord par un parti, elle passe par l’érection de mouvements citoyens qui se mobiliseront pour faire entendre leur voix. À défaut de quoi, la démocratie ne favorisera pas les citoyens, elle favorisera des partis en quête de pouvoir et non d’idéaux.

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