J’appuie la contestation de la loi sur la laïcité

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Source photo: Antoniogravante et Freepik

En quelques mots, pourquoi la loi sur la laïcité est-elle loin du prétendu progrès social qu’on lui attribue?

Tout d’abord, je dois exprimer quelques précisions. Dans ma demeure, il n’y a ni statues, ni autres symboles religieux. Je prie sans chapelet. Je ne porte jamais de bijoux cruciformes. Ce n’est pas que je sois contre ces symboles, mais je n’en porte tout simplement pas, et ils ne font pas partie de ma décoration non plus. Ce n’est pas mon style d’exposer mes croyances par le biais de ces objets. Les officiers de mon église s’habillent dans les boutiques des centres commerciaux comme tout le monde, et aucun d’entre eux ne porte de symboles religieux lors de nos rassemblements, sinon, peut-être une croix dans le cou occasionnellement et ce, pas en obéissance à un précepte imposé par un dogme religieux quelconque. Par ailleurs, dans le bâtiment de notre communauté chrétienne, ni crucifix ni statues ne décorent l’intérieur des lieux. Aussi, j’ai déjà été enseignant et directeur d’école, et cette loi ne changerait rien pour moi. Si je m’y oppose, ce n’est donc pas pour défendre mes propres libertés mais celles de tous les Québécois, qu’ils soient de foi athéiste ou de foi théiste.

Je m’objecte au contenu de la loi sur la laïcité de l’État (L-21) parce qu’elle brime les Québécois sur plusieurs plans. En fait, cette loi n’est qu’un prétexte pour ranimer la flamme indépendantiste de ceux qui ont abandonné le projet de faire du Québec un pays et pour freiner la liberté de religion de plusieurs croyants.

Imitant de plus en plus les pays scandinaves, le Québec, à la fois, se distance de son patrimoine et marginalise les communautés de foi théiste. Plutôt que de nourrir un respect à l’égard de nos origines et de notre histoire, François Legault favorise le mouvement laïc québécois, croyant naïvement redonner au Québec sa fierté nationale. Or, sans une identité simultanément ancrée dans notre passé et connectée sur notre présent, notre futur risque de s’assombrir.

Un renoncement à la liberté de conscience

Le premier élément qui contribue à l’assombrissement de l’avenir de notre nation est celui de la perte de la liberté de conscience. Pourquoi doit-on pousser un individu à choisir entre sa foi et sa profession? Si une personne remplit convenablement ses fonctions, pourquoi brimer sa liberté? Si le concept de « dieu » est le fruit de l’imaginaire humain, en quoi est-il une menace pour ceux et celles qui observent leur croyance en une certaine entité surnaturelle?

La conscience est ce qui est le plus précieux pour l’être humain. Elle le définit. Être poussé à taire sa conscience est en quelque sorte une forme de harcèlement, comme par exemple, forcer une femme musulmane à enlever son voile. L’État ne devrait pas user de son pouvoir ou de ses prérogatives pour attaquer une liberté protégée par la Charte.

Renforcer le concept de la pensée unique

Le concept de la pensée unique vise l’adhésion de la part de tous les citoyens aux mêmes valeurs, aux mêmes croyances, aux mêmes idéologies et aux mêmes idées que le consensus social a établies comme étant les normes. N’eût été de personnes comme Galilée qui ont défié le consensus social, les sociétés occidentales n’auraient pas connu un aussi grand progrès.

L-21 force tous les Québécois en position d’autorité à se ranger derrière le concept de la pensée unique qui dit que pour exercer pleinement et professionnellement ses fonctions, la personne doit cacher au public ses croyances. À mon avis, la loi sur la neutralité de l’État, établie par le gouvernement précédent, distançait l’État de toute religion de foi théiste ou athéiste. En effet, un État neutre favorise une culture d’ouverture, de débat, d’échange et de compréhension de la différence, au contraire d’un État laïc qui veut que chacun soit vu comme étant pareil et identique aux autres.

Un recul des libertés individuelles

L’adhésion au modèle de la pensée unique, où tout le monde doit incarner les valeurs occidentales, devient un obstacle aux libertés individuelles. L’État laïc demande à l’individu qu’il s’engage à se soustraire de ses libertés individuelles pour remplir ses fonctions. Pendant que l’État met l’accent sur l’adoption d’un modèle occidental unique et applicable à tous, chaque individu concerné doit renoncer à sa liberté et à la protection que lui garantit la Charte.

Non inclusive et non transparente

Puisqu’elle favorise le modèle de la pensée unique, cette loi révèle qu’elle n’est pas inclusive. Elle ne permet pas à un individu d’afficher ses couleurs. Prenons, par exemple, un Juif qui doit passer devant les tribunaux et être jugé par une musulmane voilée. Son avocat devra être très vigilant, car, au moindre accroc de sa part, le procureur pourra revendiquer une discrimination envers la juge en fonction, ou vice-versa. Le fait d’identifier son affiliation religieuse permet aux protagonistes de relever sur-le-champ si la personne exerce ses fonctions en se basant uniquement sur ses compétences ou bien également sur ses croyances. Personnellement, j’aimerais savoir si le ou la juge qui traiterait ma cause est de foi maçonnique ou non. Cela me permettrait de voir si cette personne est réellement impartiale ou si elle exerce ses jugements strictement selon l’esprit de la loi ou aussi en fonction de son idéologie. Lorsque les croyances sont cachées, il est difficile de faire le lien entre celles-ci et l’individu.

Associée à de faux motifs

Si une enseignante est en présence d’enfants et qu’elle porte un symbole religieux, le message qu’elle lance à l’enfant n’est pas que sa religion est meilleure, puisque la majorité ne porte pas ce même signe. Le message véhiculé affirme plutôt qu’au sein de notre nation, les gens sont réellement libres. Advenant que cette enseignante parle trop souvent des bienfaits de sa religion, celle-ci devrait simplement être reprise par la direction, non pour son identification religieuse mais pour le prosélytisme qu’elle exerce. Là, on toucherait le vrai problème!

À mon avis, pour régler la question, l’État devrait, là où le nombre le justifie, permettre aux communautés de foi de mettre sur pied des écoles qui correspondent à leurs croyances, et les parents pourraient choisir l’école qui leur convient. Dans la mesure où le régime pédagogique serait respecté, que l’école s’impliquerait dans sa communauté et que les règles établies par la Loi sur l’instruction publique seraient observées, on retrouverait moins d’enseignants portant des symboles religieux dans les écoles laïques. Voilà une des solutions qui réglerait le problème lié aux symboles visibles.

Une dérogation à la Charte des droits et libertés

La clause dérogatoire permet à l’État, pour des mesures exceptionnelles, de déroger de la Charte, qui protège les droits et les libertés des concitoyens.  Si cette loi exige une dérogation, c’est qu’elle contrevient à l’esprit de la Charte. En fait, si elle était soumise intégralement à la Charte, le gouvernement Legault n’aurait pas eu recours à la clause dérogatoire.

Dans le cas qui nous concerne, tous les sympathisants de L-21 la justifient à cause du fait qu’elle clôt plus de dix ans de débats. Il ne s’agit pas d’une situation exceptionnelle, il est bel et bien question d’une situation fondamentale de notre société. C’est pourquoi, la clause dérogatoire n’est pas l’instrument qui réglera ce litige entre les laïcistes, les multiculturalistes et les adeptes du patriotisme communautarien. Non, elle ne sert qu’à imposer un remède inconstitutionnel à un problème socioreligieux qui peut se gérer différemment.

Par ailleurs, avant l’avènement de cette loi, les libertés d’opinions et de croyances s’exerçaient dans les limites des lois civiles. Elles étaient protégées par la Charte. Maintenant, l’État cherche à déroger des règles auxquelles il est lui-même soumis pour retirer aux individus en position d’autorité ces droits et libertés. Les libertés d’opinions et de croyances des employés de l’État en position d’autorité ne sont donc plus un droit pour eux.

Un instrument pour favoriser l’indépendance du Québec

Cette loi, si elle est adoptée, deviendra une des conditions gagnantes de l’indépendance du Québec. La Coalition Avenir Québec et le Parti québécois savent que si la Cour suprême arrive à la conclusion que la loi sur la laïcité de l’État et le recours à la clause dérogatoire sont, dans ce cas-ci, jugés inconstitutionnels, elle suscitera tout un émoi au sein de la population québécoise. Compte tenu que ce projet obtient la faveur de la majorité, un refus de l’adopter provoquera une grogne contre le gouvernement fédéral. Si Ottawa ne change pas la législation pour favoriser le Québec, il est tout à fait prévisible de croire que la ferveur anti-Canada sera à son plus fort, surtout si les autres provinces s’opposent à changer la Constitution pour favoriser la société distincte.

Par contre, si l’indépendance se fait en brimant la liberté de conscience, en neutralisant une culture de débat, en limitant les libertés individuelles, en se distançant de toutes formes d’inclusivité, quel genre de pays allons-nous bâtir? Pour me convaincre de sortir du Canada, l’État québécois doit donner plus de liberté à ses citoyens et non pas moins. 

Se distancer du patrimoine

Non seulement, L-21 brime les libertés de plusieurs croyants de foi théiste, il distance aussi les Québécois de leur patrimoine. Assurément, en retirant le crucifix du salon bleu de l’Assemblée nationale et de la plupart des institutions de l’État, cette loi contribue à aliéner les Québécois de leur histoire, de leur patrimoine et de leur origine. Plus le Québec se laïcise, plus il ressemble aux pays scandinaves, adoptant les valeurs occidentales au détriment de son identité historique et patrimoniale.

Outre le débat constitutionnel qu’il provoque, on dit que cette loi vise essentiellement une seule chose : lutter contre ce que le soi-disant fondamentalisme religieux chrétien, musulman, juif ou autre[…]. « Dans mon livre à moi », on donne plutôt à l’État de pouvoir brimer la liberté de conscience d’une partie de ses concitoyens. Cette prétention est amplement suffisante pour que j’appuie la contestation contre L-21.

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