L’est du Canada ne veut pas d’une culture de débat

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L’élection du 21 octobre dernier a mis en lumière que l’est du Canada reste accroché aux années 80. Ce coin de pays refuse la culture de débat et ainsi, impose de plus en plus le concept de pensée unique.

 

 

L’est canadien choisit de fermer la porte aux politiciens qui pourraient ouvrir un débat démocratique. Même si la décriminalisation de l’avortement remonte aux années 80, les Maritimes, l’Ontario et le Québec ont dit non à un débat civilisé et respectueux sur le sujet. Contrairement à l’ouest du pays, l’est a élu des partis qui imposent la pensée unique et qui sont fermés à une culture de débat.

Pas d’évolution sans débats

Depuis 30 ans, les médias traditionnels nous imposent une seule façon de penser, où l’on doit penser comme tout le monde. Il est interdit de proposer des alternatives, voire même d’en débattre positivement. Or, un sage a dit un jour : « Les projets échouent en l’absence de délibération, mais ils se réalisent quand il y a de nombreux conseillers. »

Dans l’est du Canada, on ne veut plus débattre de certaines questions parce qu’on ne veut plus évoluer. Si les élites médiatique et politique avaient la même attitude face aux droits des femmes en matière d’équité salariale, celles-ci crieraient avec raison à l’injustice et exigeraient d’en débattre. Pourquoi ne pas débattre, alors, sur d’autres sujets tout aussi importants? Pourquoi ne pas permettre à des députés de proposer des idées ou des solutions alternatives? Pourquoi clore la question et rester sur une position qui date des années 80? Fermer le débat signifie interdire l’évolution.

Pourquoi de tels débats?

Je parle ici d’avortement parce que ce sujet a suscité un grand émoi durant la campagne électorale. Or, nous pourrions aussi ouvrir une consultation populaire sur l’euthanasie, sur le mariage à trois ou sur d’autres enjeux qui préoccupent un bon nombre de citoyens. Quoi qu’il en soit, pourquoi est-ce important de trouver des alternatives à la pensée unique actuelle? Pour trois raisons fondamentales.

Premièrement, nous vivons dans une démocratie et non au sein d’un régime totalitaire. Dans un régime démocratique, normalement, on accepte qu’il y ait différentes façons de voir, d’analyser et de résoudre un problème. Ce qui est inquiétant, c’est que plus le temps avance, plus le concept de pensée unique prend de l’ampleur. Preuve en est, aux élections du 21 octobre, le Parti libéral, le Bloc, le NPD et les Verts menaçaient d’exclusion de leur caucus les éventuels députés qui allaient appuyer tout projet de loi qui limiterait l’avortement.

Dans l’est canadien, la culture de débat est réduite de plus en plus. Prenons comme exemple Andrew Scheer, même s’il s’acharnait à dire qu’il ne voterait pas en faveur d’un projet de loi pro-vie et que dans le passé, le vote pro-vie n’avait jamais réussi à passer à cause du nombre insuffisant d’adhérents, l’est du Canada ne lui a pas donné une majorité de sièges. Pour sa part, Maxime Bernier a osé dire tout haut ce qu’un grand nombre de Canadiens pensent tout bas : que les avortements après six mois de grossesse sont inacceptables, sauf dans le cas où la vie de la mère est en danger. Croyez-le ou non, la foudre médiatique s’est abattue sur lui comme s’il avait dit qu’on devrait passer sous la guillotine tous les chats errants des grandes villes. On s’est offusqué contre lui et pourtant, il avait la même opinion que Richard Martineau et Lise Ravary sur ce sujet.

Deuxièmement, le débat sur l’avortement doit avoir lieu pour la bonne raison qu’on l’utilise plus souvent qu’autrement comme un moyen de contraception. Il n’est même pas un moyen de dernier recours ou utilisé dans des cas d’exception. Lorsqu’on parle de 100 000 avortements par année, on ne parle pas de 100 000 grossesses issues d’un viol ni de 100 000 grossesses juvéniles; non, on parle d’avortements sur demande. Le Canada n’a pas établi de balises pour encadrer l’avortement. Il me semble que des règles doivent être fixées, mais non, ce n’est pas permis d’en parler, ni d’évoluer, pensée unique oblige.

Troisièmement, trop peu de citoyens savent qu’il n’existe pas de limite à l’avortement. Une femme peut se faire avorter à n’importe quel moment de sa grossesse et ce, au frais de l’État. Même Dan Bigras a confessé sur les ondes du 98,5 FM qu’il n’était pas au courant de cette réalité. Certains diront qu’il s’agit de cas rares au Québec. Très peu savent que, s’il y a peu d’avortements tardifs pratiqués au Québec, c’est parce qu’on peine à trouver du personnel médical pour assister les médecins. C’est pourquoi l’État envoie aux États-Unis les femmes qui ont recours à un avortement après 24 semaines de grossesse et ce, aux frais des contribuables, pour s’assurer que les femmes soient servies, sans limite.

Des propositions

Un débat sur la question permettrait de trouver des solutions adéquates parce que débattre permet d’en parler et de communiquer avec civisme nos idées et nos solutions. Ainsi, pour éviter un débat stérile et un dialogue de sourds, je propose les trois options suivantes :

  1. Procéder à une consultation populaire pour savoir si l’État devrait interdire et cesser de financer les avortements après 24 semaines de grossesse, sauf si la vie physique de la mère est en danger.
  2. Demander à la science à quel moment le fœtus devient un être humain.
  3. Établir une commission parlementaire pour mettre sur pied des mesures qui permettraient à un plus grand nombre de femmes de choisir de garder leur enfant.

Ces trois propositions nous permettraient de sortir des schèmes de pensée obsolètes qui étaient à la mode dans les années 80, pour vivre maintenant dans une société digne du 21e siècle.

Les politiciens de gauche veulent nous imposer le concept de la pensée unique. Pour gagner les élections, la droite se soumet de plus en plus à ce pernicieux dogme. Cependant, pour évoluer, nous devons débattre, nous questionner et trouver des solutions qui donneront de l’espoir à un plus grand nombre de mères de telle sorte qu’elles considèrent choisir la vie pour leur bébé. C’est exactement cette même pensée qu’avait exprimée sans aucune gêne Bernard Landry lorsqu’il était premier ministre et pourtant, personne ne lui avait lancé de roches : « […] Je suis tellement pro-choix que je voudrais que toute femme seule qui veut avoir un enfant et l’élever puisse le faire. » Dans l’esprit de Bernard Landry, être pro-choix devrait consister d’abord à avoir le choix, celui aussi « de choisir » la vie. Une société qui prône d’opter pour la vie par choix démontre qu’elle n’abandonne pas ses mères. N’est-ce pas un gage d’espoir? C’est par des débats de la sorte que l’est canadien deviendra ultimement générateur d’espoir…

 

 

3 Commentaires

  1. Éric, la science s’est déjà prononcée à savoir quand un embryon devient un être humain, et c’est des la conception. Le débat n’est pas là depuis la légalisation de l’avortement aux États-Unis comme au Canada. Il est largement reconnu par les gens éduqués que l’embryon est humain. Ce qui est contesté, c’est que l’embryon soit une «personne».

    La Cour Suprême des État-Unis a reconnu que le fœtus était humain, mais elle a affirmé qu’il ne pouvait être considéré comme une personne qu’à un stade plus avancé son développement. Ce qui ouvrait la voie aux avortements en premier trimestre. La Cour Suprême du Canada a statué à son tour, un an après avoir décriminalisé l’avortement, que le fœtus n’était pas une personne avant la naissance de l’enfant. Il faut naître, au Canada, pour être une personne. Le concept de « la personne» est posé comme nécessaire à l’obtention de droits humains et de la protection de la loi.

    Donc, si on demande à la science de nous dire quand l’embryon est humain, elle répond : dès la conception. C’est la génétique qui en décide. Si on lui demande quand l’embryon ou le fœtus doit être considéré comme une personne, elle demeure muette. Il n’y a aucun consensus sur ce qui est requis pour que l’enfant à naître soit appelé une «personne». Les philosophes et bioéthiciens ont des opinions fort différentes sur l’instant magique où l’humain devient une personne. Certains vont même jusqu’à dire que neuf mois de gestation sont largement insuffisants et qu’un bambin de deux ans ne s’est pas encore qualifié. Ils pensent comme ça, parce qu’ils font dépendre le statut personnel de certaines performances, comme la conscience de soi, la valorisation de sa propre vie, l’indépendance, la projection dans l’avenir, etc.

    En fait, l’humain est divisé en deux : le corps biologique et la personne qui en émerge à un certain stade de son développement. Cette division existe depuis Descartes et n’a cessé de s’accentuer au cours des siècles qui ont suivi. L’homme moderne, sécularisé, n’a pas de conception holistique de la personne, réunissant le corps, l’âme et l’esprit (pour employer le langage des Grecs). Il faut donc mettre à jour notre discours. La question ne se joue pas sur le caractère humain du fœtus, mais sur son caractère personnel. Il n’y a pas de dignité humaine biologique, seulement une dignité personnelle. Ça peut paraître incroyable ou monstrueux – dans une culture des droits humains – mais c’est à une telle dichotomie que la pensée sécularisée est parvenue. Il n’y a vraiment que le christianisme biblique pour proposer une vision holistique de la personne humaine. Voir 1 Thessaloniciens 5.23 et Romains 12.1.

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